Faire un texte qui part d'un petit mensonge qui va s'amplifier.
« Devoir du mercredi 15 mars : faire un arbre généalogique sur sa famille pour ensuite en faire une rédaction. »
« Oh non ! J'avais complètement oublié ! »
C'était le cri d'horreur qu'on pouvait entendre dans toute la maison. On était mardi et dix heures du soir et le devoir était à rendre pour demain à huit heures. C'est vrai que ça fait un mois
que je l'avais noté, mais c'est la faute de la prof. Elle aurait pu nous y faire penser. Attendez, je me souviens vaguement qu'elle en avait parlé vendredi ou alors lundi. Enfin, elle pourrait
éviter de dire les choses importantes quand je parle avec Guillaume de sujets existentiels. À savoir qu'elle est la meilleure équipe de foot : Rennes ou l'OM ? Enfin bon, ça va pas résoudre mon
problème et si je rate ce devoir là, c'est clair que je peux dire adieu à mon trimestre.
« MAMAN ! »
Ça, c'est mon cri de guerre en descendant dans la cuisine. Heureusement, elle est encore là.
« Dis-moi, tu peux parler de la famille, j'ai un devoir sur ça. »
Bien sûr, je ne lui ai pas dit que c'était à rendre pour demain et que c'était marqué dans mon agenda depuis un mois. Elle me raconta l'arrivée de ses parents italiens en France, l'histoire des
parents de mon père qui étaient fermiers en Bretagne. PFF ! C'est pas avec ça que je vais avoir un 20. Alors dîtes-moi, que pourrait faire un gamin de treize ans pour remonter sa moyenne ?
Regarder sur Internet bien sûr. Sans hésiter, je me précipitais dans le bureau de mon père pour commencer mes recherches. Alors... Un aviateur durant la seconde guerre, voilà, ça sera mon
grand-oncle. L'inventeur du ventilateur, mon arrière-grand-père. La voyante de Giscard, ma tante au second degré. Voilà, c'était parfait. Plus qu'à imprimer et c'est bon. 20/20 assuré et en plus
la prof sera impressionnée.
Une semaine était passée et les notes du devoir devaient être rendues aujourd'hui. La prof passe à côté de moi et me regarde comme si j'étais Zidane en personne. 18/20. Ça y est, je suis
sauvé et en plus j'étais devenu la star de la classe. Voir la star de toutes les 4ème et la star des profs. Mon Dieu, même du dirlo. J'étais tellement une star que je devais lire mon devoir
devant toute l'école pour les portes ouvertes et mes parents seraient invités. Oh ! Oh ! Boulette ! Grosse boulette ! Alors là c'est sûr, j'allais être privé de sortie, de télé, de
console.
Ça y est, c'est la journée portes ouvertes. Je dois parler. Ils m'ont même donné un micro. Je monte sur l'estrade sous tous leurs applaudissements. Mon père est entrain de me filmer. Ma
mère l'avait obligé à prendre la caméra pour en garder un souvenir. Tu parles d'un souvenir. Bon, comme on dit, quand faut y aller. Je commence à lire le début de mon texte. Je m'enfonce de plus
en plus et dans le public je vois mon père choqué et le visage de ma mère déformé par la colère. Pris d'un acquit de conscience (et surtout de peur), je me décide à raconter la véritable histoire
de ma famille, et là, c'est la prof qui commence à me faire peur. Et je me dis que faute avouée, faute à moitié pardonnée. Peut-être que comme ça, au lieu d'être puni un mois, j'aurais une
condamnation de quinze jours.
Une semaine était passée depuis les portes ouvertes. Résultat, j'ai deux semaines de colle. La prof n'a pas trop apprécié que « je me sois moqué d'elle » selon ses dires. Ma
mère, elle, m'a privé de sortie, de télé, d'ordi, de console et encore, j'ai pas tout dit. Mon père, quant à lui, m'a dit que je lui ressemblais de plus en plus et qu'à mon âge, il lui arrivait
de se débrouiller comme moi. Bon, c'est pas tout ça, mais regardons dans l'agenda si j'ai quelque chose à faire.
« Devoir du lundi 10 avril : raconter en anglais ses projets pour les prochaines vacances. »
« Oh non ! J'ai encore oublié ! »
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